10.17.2017

74. l’agencement des maisons sur l’île

L’agencement des maisons sur l’île. Des volumes couleurs de sels salis austères imbriqués contre le vent. Qui s’ouvrent à peine. D’où sourd pourtant l’idée d’intervalle. Laisse à l'esprit des mots comme craie, coquillage ou concasser. 

10.10.2017

73. Tarmac de sable

Tarmac de sable en attente de nuit, croisé troupe longe côte, nouvelle faune littorale, des petits êtres noirs immergés aux trois-quart.

9.18.2017

une expérience / des mots / des images






Après avoir lu "À l'approche", Renaud Buénerd a pris à son tour le RER A, depuis Paris vers le val d'Oise. Il a franchit la petite et la grande ceinture, les boucles de la Seine, traversé des circonférences, des campagnes, d'autres villes pour regarder et entendre, voir, enregistrer, vivre, écouter, sentir, photographier, dessiner, noter.

Pendant ma première année universitaire à Cergy, j'ai fait de ce train un terrain d'écriture. Avec le désir de travailler la question du déplacement, de questionner une écriture du dehors, quelles collectes ? quelles traces ? quelles rencontres ? quel rythme même cela laissera t-il ?

Ce qui est au départ pour chacun de nous une expérience est en train de devenir un livre. 

Toutes en palimpsestes visuels, les images de Renaud Buénerd, peintes sur des photographies, jouent avec le vu et le deviné, la transparence et la saturation. Les superpositions d'images, de couleurs, de motifs. Les glissements de sens, les obscurités, les confrontations. 

Elles me touchent beaucoup parce qu'en plus de leur façon particulière de nous interpeler, et tout en développant leurs propres narrations, elles utilisent un procédé de feuilletage qui m'est cher et auquel je requiers moi-même pour tenter de redire, de fixer, le flux — l'interpénétration de la vision, de la pensée, de la rêverie — la multiplication et le croisement des mondes dans lesquels nous sommes en permanence plongés.






=> "À l'approche" paraîtra aux éditions du Chemin de Fer en novembre 2017.
=> Vers l'instagram du projet
=> Vers celui de Renaud Buénerd


8.16.2017

rc/ Été-danse



Été dense. Mais l'adjectif dès qu'il se met à jouer devient une sorte d'injonction, impérative et douce à la fois : danse ! — qui consiste à apprendre à passer de façon fluide d'une chose à une autre.
D'un article à un texte littéraire, d'un manuscrit à une lecture théorique.
Eté-danse : entrelace, contourne, entre, écarte, déplace, prolonge... 
Les gestes sont différents mais finissent pas se relier et former une sorte de mouvement d'ensemble.

Quelques éléments de ce qui s'est ainsi écrit et entremêlé :

Un article sur le passage du blog au livre dans le travail d'écriture d'Olivier Hodasava (présenté cette année dans l'axe Création de notre laboratoire de recherche), pour le numéro 1 des "Cahiers d'AGORA" qui paraîtra en janvier 2018 :
> "Du blog au livre : les changements de support et leurs effets dans les processus d’écriture et l’élaboration du récit — une étude à partir du travail d’Olivier Hodasava, du blog Dreamlands au livre Éclats d’Amérique (éditions Inculte, Paris, 2014)"

Un article sur le rapport texte/image dans le processus de création du livre Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire (présenté lors d'un séminaire à l'université de Cergy Pontoise en juin) qui devrait suivre le même chemin :
> "Écrire dans l’intermédialité — réflexion autour du processus d’écriture texte/image dans le texte poétique « Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire », Virginie Gautier,  éditions Publie.net,  2014"

Des lectures pour la partie théorique de la recherche. Après cette première année de mise en route du chantier d'écriture littéraire, j'aimerais commencer à rédiger des parties théoriques cet automne. Il y a des chapitres qu'il me tarde d'écrire, que je ne veux pas pourtant pas agencer tout de suite en un plan formel. 
Deux dernières lectures :
Hyper-Lieux, de Michel Lussault
Le Monde plausible, de Bertrand Westphal

Enfin le texte en écriture pour le volet littéraire de la thèse, dont le point de départ est mon expérience d'une marche de 250km entre mon lieu de vie et la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. (#Marchécrire, voir notes au jour le jour dans l'onglet "Carnet des Départs"). Une phase de travail que je veux achever cet été pour ne pas laisser passer trop de temps depuis l'expérience. 
Des amorces de récit apparaissent. Une finalité s'invente, se cherche — même si le projet se poursuivra dans l'année à venir sous une forme qui reste à découvrir.
Un extrait du travail en cours :

"Ce que je remarque, qu’il y a des lieux où la langue se délie mieux. Des lieux qui articulent de la pensée. Je me tenais plutôt silencieuse depuis hier, je fatiguais. Plus de verbes d’actions à mettre bout à bout, ni les choses vues au passage, ni les déchets mêlés aux fleurs des bas-côté. Pas de point d’accroche. Pas d’inscription. Laisse couler, c’est du temps qui file. De la répétition, de l’uniformité. J'avance sur le tapis roulant du paysage. Marcher-s’absenter. C'est une question de fermeture et d'ouverture. De ce qui d’un coup nous ranime, communique dedans-dehors, nous fait du bouche à bouche — un sentier, un panorama, un envol. Il suffit d'un rien pour que ça se remette à circuler. 
En haut d’une passerelle je plonge mon regard dans l’eau, les trois dernières marches sont complètement noyées. Quelqu’un a accumulé tout un tas de trouvailles pour faire un passage à sec : grillage, barbelé, un branchage, c’est plus risqué que rien du tout. Je mesure ma chance, appuie le moins possible, saute. J’aurai pu m’y prendre les pieds. On trouve toujours une planche pour faire un pont, me dis-je, si ça se complique. Je continue, le sol est de plus en plus spongieux. D'autres empreintes dessinent des détours auxquels je me plie. Je croise un homme en vêtement de camouflage qui tient un appareil photo avec télé-objectif, me tourne le dos, ne répond pas à mon salut. Marcher-passer. Sur le mépris non plus ne pas s’attarder. S’éloigner trop vite. N'empêche, le silence est plus casse-gueule après. Le sol plus spongieux. Les flaques plus larges et profondes. Les passages difficiles plus difficiles. Puis infranchissables. Devant ce fossé il aurait fallu des bottes de pêcheur, ou bien se déchausser et enlever le pantalon. Passer le sac  à pied. Se rhabiller de l’autre côté. Je décide de faire demi-tour au risque de repasser par le dos de l'homme, par les marches noyées, en cherchant à me souvenir s’il est plus difficile de descendre ou de remonter un rocher. Je croise une joggeuse qui rentre chez elle. Elle me demande si on peut passer. On ne peut pas. Elle dit, tant pis, qu’elle marchera dans l’eau, que juste après il y a un chemin qui mène directement chez elle. Qu’elle ne veut pas faire ce grand détour, qui consiste à passer par le village, à quitter le marais, auquel moi je me me résous à contrecœur."


5.11.2017

rc/ De l'expérience des lieux et de l'écriture

Retour de voyage, 
Où j'expérimente le lien entre l’expérience vécue, les notations in situ, et l’écriture.

J’avais déjà travaillé sur une forme de notation in situ l’année dernière, pour le texte À l’approche (ce texte sortira l'année prochaine aux Éditions du Chemin de Fer), à partir de prises de notes pendant les trajets en RER entre Paris et Cergy. 
Dans l’espace urbain, il y a quantité de paroles, de voix, de textes lisibles, visibles. Je travaillais avec une matière très dense, y compris avec mes propres lectures. Mon corps de passagère n'était pas en mouvement mais à l'écoute, regard et introspection.

Le processus d’écriture pour ce qui s'écrit en ce moment se présente de façon complètement différente. 

Des espaces ruraux traversés, j'obtient des notations, qui renvoient à une expérience plus intime et corporelle du paysage. Les noms sont rares : noms de fleurs, quelques pancartes, des marquages, le reste est plus informe, un milieu, des matières, des sons.


Le corps du marcheur fait appel aux sensations directes, aux présences, plutôt qu'aux souvenirs. Ainsi les notations produites sur place redonnent accès à l'expérience d'une façon très intense, ces notes ré-ouvrent des moments sensibles, multidimensionnels. Voici ce que je dis de l'amont, de la capture, puis de la reprise d'écriture dans le texte en cours :

Je stocke des phrases en marchant, fragments de choses recueillies, chutes de pensées que je capture dans mon téléphone. Je ne décris pas ce que je vois, je consigne d’une façon éparse et désorganisée quelques séquences à épingler. Je pose des repères parlés,  des bornes dans le paysage, des notations pour la mémoire. Je les retranscris telles quelles le soir dans un carnet. Choses vues qui deviennent Images-souvenirs puis Images-mémoire, dirait Jacques Roubaud, et il est surprenant de constater effectivement la façon dont, bien plus tard, ces fragments ré-ouvrent l’expérience vécue, font éclore un environnement visuel, sonore, mais aussi haptique qui mobilise une quantité de sensations. Il n’y a pas d’histoire mais il y a ce fil à dévider qui me relie à l’intensité de l’expérience. Une quantité de mots qui n’ont pas été écrits sont cachés sous les mots écrits. Peut-être parce que les phrases sont des espaces et que les lieux sont des mots, des mots posés sur les choses. Peut-être parce qu'on marche dans des brouillons de phrases. 

[#Marchécrire, du 3 au 15/04, quelques mots au jour le jour dans l'onglet Carnet des Départs]

Puis je voudrais citer quelques auteurs lus avant et après le trajet, qui m'apportent matière  poétique sur le rapport entre le lieu et l’écriture, entre l’expérience et l’écriture, entre les lieux et les mots, les lieux et le corps.

Michel BUTOR, dans le chapitre "La Ville comme texte(Répertoire 2, Œuvres Complète III), écrit : 
"Il y a des quartiers plus ou moins oraux, plus ou moins écrits ; c’est le centre qui s’oppose aux faubourgs, mais cette opposition n’est que l’intériorisation d’une autre, essentielle, celle de la ville et de la campagne.
Si les villes anciennes étaient entourées de remparts, c’était certes pour les protéger contre les dangers de l’extérieur : loups, brigades et barbares, mais aussi pour empêcher le trésor interne de se diluer, se répandre.
Toute la campagne vient consulter la ville, contribue à l’édification de ces murs-tabernacle. 
La ville est reconnue comme loi, autorité, centre, valeur ; sans elle la campagne désormais considère qu’elle ne pourrait survivre, qu’elle se déferait sans ce nœud, ce lest, cette réserve."

Il est intéressant de penser la ville comme lieu de rassemblement autour du texte, y compris celui de la loi. Et dans cette ville, de centres, de quartiers, de périphéries qui seraient des styles, des écritures différentes. Qu'est-ce qui s'écrit dans les paysages que j'ai traversé, et comment ? 

En ethnologue, Keith BASSO étudie, dans son livre "L'eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert", le lien qui unit la langue des Apaches occidentaux aux lieux, et les lieux à la langue, à travers la question des toponymes.
Les éléments géographiques sont autant de repères mnémoniques arborant les enseignements moraux de l'histoire des Apaches
Tous ces lieux possèdent des histoires. On les décoche, comme des flèches.
L'utilisation des toponymes est un véritable art narratif, dit Keith Basso, qui consiste à faire revivre, par l'imagination, au discours direct, une histoire appartenant au passé, indissociable d'un lieu spécifique. Car c'est le lieu qui contient l'histoire et l'actualise quand il est visitéPlus encore, nommer le lieu par son toponyme peut suffire à activer les enseignements de l'histoire, à en faire l'expérience.

À propos d'expérience, Tim INGOLD ("Marcher avec les dragons") tente de qualifier les liens qui nous unissent au réel, et la matière avec laquelle nous tissons , c'est-à-dire avec laquelle élaborons  un processus (marcher, penser, écrire...) :
Le monde de notre expérience ne cesse de se renouveler autour de nous à mesure que nous tissons. S’il y a une surface, elle est comparable à la surface du panier ; elle n’a ni « intérieur » ni « extérieur ». L’esprit n’est pas au-dessus, ni la nature en-dessous. Où se trouve l’esprit alors ? Dans le tissage de la surface elle-même. Et c’est à l’intérieur de ce tissage que nos projets de fabrication, quels qu’ils soient, sont formulés et réalisés. Nous ne pouvons fabriquer que si nous sommes capable de tisser. »
Dans une forme de connaissance performative - qui suit un processus -, les frontières entre le soi et les autres, ou entre l’esprit et le monde, ne sont pas figées, elles sont provisoires et foncièrement instables.

Enfin, lors du dialogue croisé autour du processus d'écriture, entre François Bon et Arno Bertina, dans le cadre des rencontres du laboratoire Agora, UCP le 26 avril dernier, François BON s'est interrogé sur la façon dont la ville produit du langage, le réel est une réserve de langage, que l'expérience, comme l'action dans le réel, renouvelle.
"Le réel en lui-même fabrique des nuages de mots"
"La documentation est elle-même une écriture du réel", qui pose la question : qu'est-ce que la ré-écriture ? Ecrire avec des ready-made ? Réactualisant ainsi une figure comme celle du chiffonnier de Baudelaire. 
Tout est repris dans cette vidéo en trois points, du 10 mai 2017, où, invité à intervenir dans le cadre d'une journée d'études organisée par le master création littéraire de l'université de Cergy, il requalifie l'action de la mise en écriture, cet amont / le rapport à l'expérience du réel et la dimension performative / pose ce qui est en train de s'inventer, en France, entre écoles d'art et Masters universitaires, dans les ateliers étudiants.






« On s’élance, on risque une improvisation. Mais improviser, c’est rejoindre le Monde ou se confondre avec lui." (Gilles DELEUZE, Félix GUATTARI Mille plateaux:Capitalisme et schizophrénie, 2) 

4.18.2017

J14 Un mauvais geste

J 14 — Un mauvais geste. Bloquage du dos le lendemain de mon arrivée, chaque pas sur le sol est devenu douloureux. Je regarde les gens circuler, plus aucune évidence de mon côté. Pourtant, il y a devant la maison où je dors un petit banc au soleil, bien placé, au-dessus duquel les oiseaux se cherchent et se bagarrent. Je pourrais y lire, m'y poser, regarder tomber les pétales de camélias. Le mantra de l'étiquette de mon sachet de thé tente une consolation : vous êtes illimité. Mais je ne peux pas me résoudre à être tenue hors de ce va-et-vient d'hirondelles, d'insectes, de chiens, des habitants, hors cette activité de ruche. Quelque chose raconte que ça y est, que je reviendrai une autre fois, qu'il faut rentrer. 

4.15.2017

J13 L'approche

J13  L'approche est délicate, c'est dedans ou dehors, pour entrer il faut bien choisir son carrefour. On entend le bruit de petit marteau d'un pic contre un arbre, plus tard une tronçonneuse, un coq, puis on y est. On pose son sac, on épluche des légumes, à un moment on vous sert un café-pot de fleurs. Ça n'est pas si facile un aboutissement. 
#Marchécrire


4.14.2017

J12 au levé du jour

J12 — Au levé du jour le soleil gomme le pont je quitte la ville en train / parcours dénivelé sur une arête rocheuse, usine thermique à l'horizon, il faut passer plusieurs fois sous les grésillements des lignes haute-tension / fin de journée : de dépit supplié en anglais le énième chien qui aboyait à mon passage, il a arrêté tout de suite / demain j'arrive. 
#Marchécrire


J11 (habiter, habiter)

J11 — (habiter, habiter) Contrairement aux maisons de bourgs contenues derrière leurs façades,  dans les lotissements les façons d'habiter s'exposent. Jardins où le vide (un désert) vaut souvent pour un ordre, où la symétrie est la seule organisation possible. Rarement un laissé-faire, un fouillis salvateur. 
#Marchécrire


4.13.2017

J10 Croisé un homme

J10 — Croisé un homme qui s'intéresse à mon trajet et me souhaite bien du bonheur - c'est exactement ça. Flotter et faire de ce flottement une solidité. Bouger et faire de ce mouvement une façon de demeurer. 
#Marchécrire


4.12.2017

J9 Collection de chemins

J9 — Chemin de terre, les pierres lissées par nos suites de pas. Chemin sur les épines,  entre les troncs de pins et les chants d'oiseaux. J'associe les cordes à nœud des racines que j'enjambe et les muscles qui se nouent dans mon mollet gauche. Chemin moelleux au milieu des chaumes, que je tutoie. Maquis d'ombelles, je me retourne pour te voir sous toutes les coutures et ralentir le temps de te dépasser. À la fin de la journée j'en ai eu tant, j'en ai eu trop et pas assez, au moment de fermer les yeux, j'aspire encore à retracer tes  lignes fines. 
#Marchécrire

 ...

4.10.2017

J8 Matinée difficile

J8 — Matinée difficile sur fond sonore routier, je ne trouve pas le marquage du sentier, je fais plusieurs fois demi-tour. Dans le chemin des bois, enfin, le sentiment d'être seule, tranquille. Ralentir, prendre son temps, manger sur des aiguilles de pins, croiser un chevreuil (le faire sursauter). Un chevreuil pour récompenser tes détours, il dit. Il ajoute, ça se mérite un chevreuil. Alors oui, puisqu'on porte cette attention, puisque tout ce qui apparait devient un évènement, le hasard aussi, c'est tentant de l'interpréter. 
#Marchécrire

J7 Faire une pause

J7 — Faire une vraie pause au milieu du voyage avant de repartir, de replonger dans l'itinérance. Avancer au jour le jour, la solitude première, l'effort physique, les soirées partagées - à chaque fin d'étape des accueils formidables. 
#Marchécrire


4.08.2017

J6 Spectacle pour tous

J6 — Spectacle pour tous, ce petit piéton en sac à dos qui marche à rebrousse poil entre la route et le fossé. Les chiens n'aboient pas contre les vélos qui sont pour eux des véhicules mais contre les piétons qui sont des personnes. Sur le bas côté je trouve un petit Cadere (André, artiste marcheur), le plante au pied d'une pancarte, oublie de le photographier pour la série “sculpture spontanée”, hésite à faire demi tour, abandonne : trop chaud, trop tard, trop fatiguée, trop de voitures. 
#Marchécrire

4.07.2017

J5 Stellaires

J5 — Stellaires, pissenlits, bouteille d'eau, bouteille en verre, carton de bière, canette de Heineken, une autre, une troisième, un groupe d'orchis de pentecôte, canette de Kronenbourg, une bouteille de cristalline, papier de chocolat Milka, chuintement de lézards dans les feuilles, paquet de Fumer Tue,  un blister transparent, les marguerites sont en boutons, sac “pain de mie complet” : entrée de bourg. 
#Marchécrire

4.06.2017

J4 Pays antique

J4 — Pays antique où il a plu des boulets, des rondes-bosses, des noyaux, des coquilles, des rotules de granit. Pourtant cet affleurement m'est doux, je voudrais m'allonger dessus et n'en plus bouger. 
#Marchécrire

4.05.2017

J3 Marcher longtemps

J3 — Marcher longtemps vers une cloche, un bruit de marteau sur du métal, en s'enfonçant dans l'anse (trois bateaux couchés / un héron) puis virer en épingle à cheveux pour se sortir de là par l'autre rive. 
#Marchécrire

J2 Passer devant

J2 —  Passer devant les grandes demeures fermées en suivant l’ourlet du sentier côtier plusieurs fois replié sur lui-même. La marche est un mouvement déroulé au ralenti. 
#Marchécrire


J1 Pendant /après

J1. Pendant/après, quand la route fait un coude ça donne une bonne idée de l’équation distance-durée. L'échelle du paysage mesurée à la largeur de mon pas. Dernière heure du premier jour, le monde se reprend dans les intervalles entre les passages des voitures. Mon corps, lui, est rassemblé dans l'articulation jambes-hanches. 
#Marchécrire



3.22.2017

rc/ Empreinte de parcours




Prendre des mesures c’est un peu inquiétant cela produit des sommes. C’est tout de suite une addition de kilomètres, de jours, de nuits, d’écarts et de distances, le retour d’un vertige. Il faut approcher la carte avec circonspection, se garder de confondre les échelles, mesurer l’imposture que génère l’image, ne pas la prendre pour contenu, s’y accrocher quand-même. Comme à son seul repère. S’y tenir. 
Pour décider d’une traverse, d’un raccourci ou d’un détour. 
Visualiser la diagonale à l’arrière de la côte atlantique, les accrocs des embouchures. L’absence de ponts, les zigzags des sentiers. Le tour du marais, les coupes possibles. Les voies ferrées, les patelins, les dénivelés, les rivières, les toitures. Les ronds-points, les entrées de ville, les centres comm., les pistes cycl., les forêts, la gare. 
Imaginer des paysages approximatifs, des routes, des bas-côtés qu’il faudra piétiner à rebrousse-poil des voitures. Les dentelles des chemins côtiers qu'il faudra partager en juste mesure avec les lignes droites. 
Éprouver par la marche des profondeurs et des distances oubliées, des découragements, des répétitions et des longueurs qui n’ont pas disparu, qui sont juste à côté, dans un espace-temps voisin que nous fréquentons peu. En mesurer le paradoxe : l’épreuve d’un hors-piste en descente douze jours durant, que je remonterai en trois heures de voiture. 

Sera t-il seulement possible de naviguer à vue ? 
Où sont les chiens errants sur la carte ? 
Quelque chose se construit, c'est une forme, je ne sais pas encore ce qu'elle contient.

J’invente des options en fonction de critères plutôt flous, note des horaires de bus, retranche des tronçons de train, fabrique avec les données une nouvelle carte - où le tracé du parcours est devenu une terre ferme, un fragment de continent - est devenu une ligne d'arpentage, une bordure en forme de côte
On ne sait plus ce que ce tracé longe ou contourne ou traverse réellement. 
On a seulement pour mémoire cette empreinte, le long de laquelle caboter, tâtonner c'est tout comme - et ce jusqu'à l'accostage - une arrivée moins balisée - que la succession des ralentis, la stratification des récits, la frise des paysages préparera peut-être.



3.13.2017

rc/ volet création, Marchécrire





























Travail en cours

Mon projet d’écriture se présente comme un dispositif. Son sujet, ses motifs s'y confondent. Il s’agit de poser un cadre et de laisser les choses entrer dedans. Ce cadre indique un espace à traverser, une direction et une durée. Il conditionne le texte à venir.

Début avril j'entamerai un voyage d’écriture itinérante entre mon domicile et Notre-Dame-des-Landes. C’est un trajet d’environ 250 km, que je vais parcourir essentiellement à pied, en mixant bords de routes et sentiers piétonniers avec quelques étapes en car ou en train.

J'ai le désir d’associer écriture et déplacement, dans une démarche performative - pas simplement au sens d’un effort physique, mais aussi au sens d’un dépaysement. De m’exposer à une part de hasard et d'inconnu. De traverser paysages et zones urbaines avec le territoire de la zad et ce qui s’y invente en point de mire. D’œuvrer dehors. D’intensifier, par la production d’une forme esthétique, l’expérience de ce déplacement. D’articuler parcours et improvisations, effort et contemplation, solitude et échanges.

J’ai lancé un appel à hébergements sur les localités de mon passage, au sein des réseaux de comités de soutien à la zad, et reçu des propositions d’accueil. C’est une chose à la fois très simple et très exceptionnelle, d’être accueillie pour une nuit chez des gens que vous ne connaissez pas. 
Appeler ça voyage, à condition de dire voyage aussi pour la traversée d’un village, des kilomètres de routes communales, un défilé de voitures. Appeler ça déplacement pour dire un passage, un mouvement, un « aller vers » qui déjà me déporte, imprègne tous mes gestes, l’esprit, le corps. Une déprise qui consiste à aimer mieux un espace autre, le préférer à l’entre-soi. Aller au-devant d’un paysage comme au-devant d’un texte sans savoir à l’avance dans quoi il vous proposera d’entrer. Longer une route pour tracer une ligne, faire un geste. Ecrire comme s’il s’agissait de marcher dans ce texte. Sans se priver d’aucune bordure, d’aucun talus, ni même de la fatigue. La marche produit un estrangement, dit Thierry Davila*. Il y a aussi une forme d’empirisme dans cette façon d’aller reconnaître - par la vue, le toucher, le pas les mots, sans les démêler des choses ni de leur perception.


Marcher comme des indiens-contraires, retrouver des précautions, des obscurités, des 

reliefs. Rapprocher des matières. Mettre nos langues au contact des friches, qui ne doivent 

rien à nos usages ; des forêts, qui ne doivent rien à nos méthodes. Envisager dans chaque 

recoin des jachères, c’est-à-dire des sols au repos dont personne ne tirerait parti, desquels 

il serait temps de déterrer de vieilles nouvelles manières, totalement neuves et inconnues 

de nous, imaginées et expérimentées,

ai-je écrit il y a quelques mois en pensant au territoire de la zad, à ce qui s'y invente. Je continue à me documenter, à lire, à me renseigner sur la diversité des expériences et des parcours de ceux qui l'habitent. À être admirative de cette façon trouvée au jour le jour pour construire ensemble dans un espace non régit par des fonctions assignées. Cette expérimentation a une forte portée poétique en ce qu'elle n'est pas un credo, mais une attention, une invention, une résistance.

"La raison technicienne, écrit Luce Giard dans la présentation de L'Invention du quotidien*, croit savoir comment organiser au mieux les choses et les gens, assignant à chacun une place, un rôle, des produits à consommer. Mais l'homme ordinaire se soustrait en silence à cette conformation. Il invente le quotidien grâce aux arts de faire, ruses subtiles, tactiques de résistance par lesquelles il détourne les objets et les codes, se réapproprie l'espace et l'usage à sa façon...."


Au moment de dessiner les lignes crénelées de ces parcours, je pense aux durées, aux contournements, aux déploiements, aux figures fractales des chemins côtiers, puis aux droites mathématiques, aux tracés imposés, aux calculs des rendements, aux rapports trajectoire/vitesse, aux espaces-temps, aux lignes de rêve (dreamtime), aux stoppages étalon de Marcel Duchamp, à la courbure naturelle du hasard, et je mesure, dans ces écarts, un ensemble de mondes. De ces mondes, je sais au moins la compossibilité.



*Thierry Davila, Marcher, Créer - Déplacements, flâneries, dérives dans l'art de la fin du XXème siècle, Les éditions du Regard, 2002.
*Michel De Certeau, L'invention du quotidien, I. Arts de faire, nouvelle coll. Folio essais, Paris Gallimard, parution 1990.

3.06.2017

72.Tout est à l’envers

Tout est à l’envers à cause du vent violent qui nous a jetés hors du lit.

71.Caillou qui tombe

Caillou qui tombe de mes poches, je le redonne à l’eau sa terre natale.

70.Quelque chose dans ton dos

Quelque chose dans ton dos comme des montagnes d’eau, ne te retourne pas, on commence (je crois) à s’habituer.

2.15.2017

rc/ théorie et création, ce qui s'articule et comment (pour l'instant)








Commencer par poser ici quelques phrases de Lionel Ruffel, issues de "Brouhaha", qui esquisseraient une méthodologie pour l'écriture de la partie théorique :


"L’enjeu est de penser et d’écrire sur le contemporain sans reproduire des modes herméneutiques (linéarité, successivité, séquentialité) que le contemporain met en crise. 

Que puis-je en tant que théoricien de la littérature ?  M’intéresser aux rebuts, aux déchets, aux restes, à la surface des choses. Avoir une approche matérialiste de l’histoire littéraire et de ses objets. Renoncer à la continuité historique, favoriser les effets de discontinuité, les connections intempestives, pratiquer la connaissance par le montage. Être au plus près du surgissement du présent

Penser le contemporain, c’est en finir avec l’idée qu’il y a un objet à penser. Alors qu’il y a des réalités multiples à exposer."

J'ai posté dernièrement une carte mentale (n°3, extrait ci-dessus) spatialisant - à l'intérieur des trois axes depuis lesquels je veux parler de la notion de Déplacement dans la littérature contemporaine - mes lectures théoriques depuis cet automne. 
J'ai appelé cette carte : repères et outils herméneutiques car ces lectures posent des jalons à l'intérieur desquels inscrire ma réflexion.

=>L'importance du lieu géographique et du contexte, avec Bertrand Westphal et la pensée géocritique.

=>La notion d'expérience, d'empirisme et l'approche matérialiste, avec John Dewey
=>L'inspiration contextuelle : le déplacement comme processus de création, avec Paul   
    Ardenne ; et le livre comme expérience du réel, avec David Ruffel
=>Le rapport de la marche à la création,  avec Thierry Davila.
=>Le transport, le véhicule, le médium, avec Régis Debray et la médiologie.

J'aimerais maintenant commencer à rédiger des sections distinctes, flottantes en quelque sorte, qui viendront trouver attache dans un plan plus tard, quitte à être remodelées pour s'y couler (mais je ne trouve pas pour l'instant le temps de m'y plonger, j'en reparlerai donc plus tard).


Je continue par ailleurs à lire pas mal de textes : Chauvier, Ruben, Rolin, Bégout, Roubaud... pour faire exister un ensemble dans lequel je déterminerai plus tard un corpus. J'ai des lenteurs de lectures liées au fait que je commence à écrire mon propre texte, et qu'il est difficile à cette étape de lire d'autres auteurs. J'avance donc avec circonspection. 


Puis j'aimerais faire de cette première année de thèse, une année d'ouverture. Quitte à filer de grandes longueurs, à m'éparpiller même, avant de resserrer quoi que ce soit. Il me semble que c'est un gage de découvertes et que, si je ne le fais pas, j'irai malgré moi me caler dans ce que je connais déjà plus ou moins.





En ce qui concerne le volet création, 
j'ai entrepris un projet qui prend pour cible un territoire choisi, et pour moteur (machine ? incitateur ?) un déplacement géographique. Ce territoire et ce trajet ont pour but d'amorcer quelque chose, de provoquer un récit. De confronter une expérience à une écriture in situ. Ce trajet, appelons le voyage, a déjà commencé - en vertu du fait qu'un voyage commence à partir du moment où on l'imagine. L'écriture donc se penche déjà sur son motif, avance sans trop réfléchir, comme il me semble qu'il faille le faire. C'est pourquoi il n'est pas simple d'en parler. Le journal du déplacement à proprement parler, viendra s'insérer dans le récit entamé, le déformant très certainement.

Les formes d'écriture que je veux activer dans ce récit sont l'articulation d'une forme poétique et d'une forme documentaire et une façon de dire le lieu, sur place, dans la relation à l'expérience vécue, à partir des notations et des captations.


Je voudrais poser ici, sans qu'il soit à considérer comme un quelconque modèle - loin s'en faut - une découverte venue résonner terriblement avec mes propres recherches. Au moment où je prépare mon voyage, je découvre celui de Mark Baumer et il me fascine. Je ne peux pas m'empêcher de plonger dans son récit, "I am the road"par un travail de traduction, lent et de longue haleine (terrible paradoxe avec ce que je dis dans le paragraphe précédent sur les autres lectures). C'est en ce moment une façon, ma façon, de me "mettre en route", c'est-à-dire, au travail.