10.02.2015

50 je bouge doucement les mains


Je bouge doucement les mains pour fabriquer une petite transe faite de traits qui échappent, se dispersent (ramassage des bribes plus tard qu'une à une je ré-agence).

9.24.2015

49 tout en haut d'une haute tour


Tout en haut d’une haute tour, retenue par les cheveux, un sort, de justesse (comme à l’intérieur d’une coquille que traverse seulement le vent) j'écoute, j'attends. 

9.23.2015

48 au pied levé


Au pied levé, marche d’escalier, pierre branlante, clou rouillé dans ma voûte tendre. Mon pas trois fois mal posé, sur cette île comment aborder ?

9.18.2015

Exposition des dessins à la Librairie & Curiosités, à Quimper 
du 23 septembre au 17 octobre 2015

Rencontre autour des livres, avec les éditions du Chemin de fer 
le 25 septembre à la Libraire & Curiosités
le 26 septembre à l'Ivraie, à Douarnenez





47 héron venu


Héron venu chiper carpe à l’aube dans l'auge du jardin, large envol, sinon, rien.

9.08.2015

46 nous ne sommes pas peur


Nous ne sommes pas peur, marchons jeunes et dansons vivants, sans penser : où s’envolerons nous oiseaux ?

9.04.2015

45 flou devant derrière


Flou devant derrière, sur la longue distance de la baie on prend pour départ un milieu on revient de nulle part.

8.04.2015

7.13.2015

7.10.2015

41 lignes à démêler


Lignes à démêler pour qu'apparaissent (défaits et neufs) (comme sur un très ancien parchemin) arbres, branches ou rochers. 

7.07.2015

40 partis revenus partis


Partis, revenus, partis, par l'écriture prendre l'avion, prendre le train, devancer le corps en marche, par l'écriture sur tel chemin qui ne mène nulle part, chaloupe jetée en mer par l’écriture, des lignes de fuite et tout ce qui s’ensuit : votre vieux parler-chien, votre parler-louve inventé et très doux. Par l’écriture jamais revenus, jamais partis, entrés dans l'ici et l'ailleurs — notre insularité. 

6.23.2015

Quelque chose qui est le visible et son tourment




"Il faut avoir infiniment ralenti pour constater cela. Les enroulements, les poussées, les reptations. Jour après jour la quantité des herbes qui sortent de terre. La berge et l'eau qui verdissent ensemble. Le garçon adolescent suit les transformations et ses yeux s'agrandissent. Ses cheveux ont poussé. Ils s'attache à repérer ce qui change et à reconnaître ce qui demeure comme le bruit de l'eau qui coule, n'en finit pas de couler. Son cœur enfle. Cette profusion qui colonise chaque centimètre carré remplit son corps, ses mains, son ventre, sa bouche. Il ne peut plus tout contenir, roule sur la terre, enfouit son visage dans l'odeur des herbes. Il est neuf lui aussi, à nouveau éveillé, sorti de terre, tendre et fragile. Très fragile, très vert. Il palpe la douceur du sol avec ses joues. Approche du vertige, s'étourdit.(extrait de "Ni enfant, ni rossignol")

Le travail associé à la résidence de Grand-Lieu entre 2014 et 2015 s’achève. Un texte et des dessins seront publiés en novembre aux éditions Joca Seria.
J'arrivais avec Fernand Deligny, ses lignes d'erre, le film "Ce gamin-là". 
J’arrivais avec Claude Monet, la très belle biographie de Marianne Alphant, « Une vie dans le paysage ».
Je voulais m'attacher au lieu, par l'écriture et le dessin. Parler du corps et du paysage, d'un indissociable entre corps et paysage. 
Je découvre tout ce qui s'est inséré dans le texte maintenant que la rédaction est achevée, ou plutôt je découvre que Tout s'y est inséré. J'ai déjà écrit un article sur ce Tout : "Je sais qu'on ne peut pas tout embrasser mais il me plaît de dire TOUT...". C'est le désir que le texte devienne le produit d'une expérience, ce condensé. Que les rencontres, les images, les choses vues, lues et entendues le constituent.

"Nous ne sommes pas séparés de la vie au milieu des buissons et des choses communes"écrit Henry Bauchau. "Nous sentons la peau de l'air et pourtant nous demeurons séparés"écrit André Du Bouchet.
Cette empathie première, je la renvoyais à l'enfance et à l’art.
Mon texte parle depuis le lieu du lac de l’idée de nature. Enfants, adolescents, danseurs, personnages mythologiques ou promeneurs, tous en sont les acteurs.

Dans un colloque sur la science et le sensible, Georges Didi Huberman parle de la lumière des lucioles par opposition à la lumière des projecteurs. Il parle de la visibilité médiatique qui fait du “regardant, celui qui surplombe le regardé”, par opposition à une autre vision, celle de Merleau-Ponty, d'un corps voyant qui s'ouvre au corps visible dans le même temps qui celui-ci est ouvert, par le regard, par le désir. Il parle de la dimension érotique de la perception. 
J'écoute Didi Huberman et je retrouve mon idée de non-séparation, c'est à dire de connivence. Une relation impliqué, affective, avec le monde.

Depuis le début c'est ce sillon que je creuse. Au centre il y a la question de la perception. "Une pulsation, dit Merleau-Ponty cité par Didi Huberman, qui va de l'être à l'expérience et de l'expérience à l'être. Et qui amène Merleau-Ponty à penser quelque chose comme un baiser, un acte des lèvres adressé au visible et dans le visible."

“Quelque chose qui est le visible et son tourment”, note elle-même Marianne Alphant en parlant de Claude Monet. 

"Sur l'îlot minuscule, l'adolescent si bien caché regarde le reflet du ciel. La mousse, près de l'écran d'eau douce, transpercée par les joncs. Joute des joncs dans l'eau. Pendant que les poissons collent leurs bouches à la peau de ses doigts. Vision où défilent des nuages chargés de feuilles neuves, très pâles. Ses yeux s'emplissent de buées. Les nuages s'amarrent, s'émoussent, se transforment. Se divisent, s'éparpillent. L'œil s'y perd, n'y reconnaît pas son chemin, n'y cherche rien, s'abreuve du fugace, de l'aperçu, de la fragilité des formes. Voir, c'est comme boire, comme avaler, le garçon adolescent est enivré, complètement repu." (extrait de "Ni enfant, ni rossignol")


nénuphars, dessin au crayon à partir des croquis
de résidence ©VG

Narcisse, fresque à Pompéi
























La ville et l'eau

"Ecrire la ville au bord de l'eau", un atelier d'écriture le long du canal de l'Ourcq, par Claire Lecoeuravec "Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire".

« On rêve avant de contempler. Avant d’être un spectacle conscient tout paysage est une expérience onirique »,  écrit Gaston Bachelard dans L’eau et les rêves, ouvrage qui donne son nom à la péniche librairie que nous croisons, au fil de l’eau. 
Claire Lecoeur

« C’est une ville, elle a des frontières visibles et des frontières invisibles. On fait un pas de plus pour voir jusqu’où on a le droit d’avancer. » (Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire)

/le site des ateliers Claire Lecoeur

6.22.2015

39 les bougés-paysages


Les bougés-paysages (vite débités, mal saisis, en plein vent, désirés, flous, entr'aperçus, ondulants, déployés, sauvages, obscurcis, chevelus, friables, collés au ciel) où l’on s’enfonce. Et les à pic devant quoi on est bien forcé de s’arrêter.


6.10.2015

38. longtemps j'ai cru chacun de mes choix provisoire

Longtemps j'ai cru chacun de mes choix provisoire, chacune de mes habitations momentanée, comme s'il y avait dans une seule vie une réserve inépuisable d'avenirs, dépliages qui je le crains s'amenuisent. Faut-il me résoudre au durable ?

6.02.2015

37 à cette extrémité


À cette extrémité. À cette terminaison. Mais long le jour, et remonté le temps. Et poussée vers (fin du paysage) ce qui reste : luxueuse, la lumière !

6.01.2015

36 être à la fois


Etre à la fois le pain, l’enfant et la forêt. Le repas des oiseaux, le lanceur de miettes, le labyrinthe. Ecrire est une réponse à la question que vous ne posez pas.

5.26.2015

35 table rase paysage


Table rase paysage tout recommencer, repartir de zéro, faire écho à, chercher trouver (et vite).

5.02.2015

34. comme un objet qu'on laisse tomber


Comme un objet qu’on laisse tomber (qu'on laisse tomber à l'intérieur) entre le cœur et l’estomac. Dehors bouscule, la peau, inframince, ne retient rien.

4.28.2015

33 j'irais vers vous


J’irais vers vous naturellement comme je vais vers les chemins (dans les chemins) (sans réfléchir). Il n’y aurait pas à réfléchir. Il n’y aurait pas d’hésitations. Des conversations fleuriraient, des portes peut-être s’ouvriraient.

4.09.2015

31 dire caillou caillasse


Dire caillou caillasse, la roche basculée dans l’eau. Perdre pied, le fond, la carcasse. Dire rien, retour en bas on touche le. La pierre, le caillou, la caillasse. 

4.08.2015

Rien que du géographique


Fin du lac, début d'autre chose
Je comprends seulement maintenant cette évidence :
il m'a fallu marcher dans chacun de mes livres - le corps a nécessairement parcouru ces espaces

D'où revenir ?
Où poursuivre ?

Il est question d'un endroit où projeter une suite comme du simple déplacement d'un établi pour dessiner

Propositions d'horizons
Au cœur du lieu, l'ouverture d'un possible,
fragile recommencement

La pierre sur laquelle j'ai posé le pied a basculé dans la rivière -aujourd'hui
sol sable, avec quel équilibre se déplacer entre deux textes
passer au dessin, toucher au papier, reposer le mental
chercher appui

- demain
un pas n'est rien d'autre qu'une articulation entre ici et ailleurs.


Merci à Nathanaël Gobenceaux, son texte sur Les Lignes du Monde (& ci-dessous)
à Mathilde Roux pour son travail, sa présence
aux bibliothécaires et aux publics qui ont suivi notre trajet autour du lac 
à Arnaud de la Cotte pour tout le travail, l'accompagnement, l'enthousiasme.






































Dérives ornementales  

(par Nathanaël Gobenceaux)


Ce texte a été présenté en lecture le 27 mars 2015 à la médiathèque de La Chevrolière (44) dans le cadre d’une invitation de Virginie Gautier, alors en résidence autour du Lac de Grand-Lieu, résidence organisée par l’association L’Esprit du lieu. La soirée était intitulée Dérives géographiques.

Ouverture

J’ai commencé à lire un texte de Virginie Gautier il y a quelques mois. Nous venions de devenir amis sur Facebook, à son invitation si je me souviens bien. De bonnes annonces sur les réseaux, un titre énigmatique : je me suis jeté sur son
J’avais alors, sur le blog qui me sert de bloc-notes géographique, noté ceci :
Belle surprise du mois, ce titre magnifique et les pages qui suivent non moins. Tout est géographie. Toute cette géographie lue en 2 traites nocturnes. Les géographes aiment se perdre, la bonne idée de marcher dans une ville avec le plan d’une autre. Et ainsi découvrir ce qui pourrait les unir, les rapprocher, les différencier. Toutes les villes sont une administrer, pourvoir, prévoir, scolariser* résume-t-elle. Toute les villes sont un peu la même C’est une ville, elle a commencé par un fleuve*.
La ville est un objet classique de la géographie. Ce n’est pas celui que nous allons mettre en avant ici même s’il est souvent sous-jacent voir sur-jacent dans les textes de Virginie.
Paysage, territoire, génie du lieu sont plus particulièrement nos entrées dans sa littérature.
  1. (Géographie)
Subrepticement
la géographie s’insère dans les lignes, dans les mots.
Agencements qui donnent à voir
à regarder point de vue sur le pays
à regarder microscope
dans les interstices des mondes, des micro-mondes
C’est une question de géographie, de ce qui nous transforme.***

 2. (Paysage)

Paysage :
convergence des sens
fait
(l’)Ê/être sensible
fait
subjectiver
un ensemble
objectif
Si l’on s’accorde pour définir le paysage comme l’aspect du pays tel qu’il se présente à un observateur, il faut préciser les modalités de ce regard qui constitue le pays en paysage. Ce regard est une vue d’ensemble qui embrasse une certaine étendue du pays. (Dictionnaire de géographie, Lévy, Lusseault)
Très porteur dans notre société, le paysage n’a pas toujours eu la même importance.

(Brève histoire du paysage)

(Giotto)

Il y avait l’homme
saint homme
sainte femme
en ses dorures.

(Jan van Eyck)

Il y avait l’homme
la femme
parfois saints
en leur pays par la fenêtre.

(Le Lorrain)

Il y avait la vue
sur le pays
l’homme dedans, tout petit
dessiné par les assistants-peintres

(Carl Caspar Friedrich)

Il y avait le paysage
l’homme éventuellement
l’homme de moins
en moins souvent.
3.
Je marche dans la campagne
pour faire venir à moi ce paysage ductile.
La neige s’invite, première fois de la saison pourtant bien avancée.
La géographie, la vie dans les plis (cf. H. Michaux).
Il est un pli par où s’enfuit le paysage et, comme sur un lac les vagues longtemps après nous éveillent d’un songe, il est un pli par où revient chaque jour l’aube, nous éveillant d’un songe.***
…je suis (suivre) le paysage…
Te persuader de l’existence des choses par la plante du pied ou le plat de la main quand le coup d’œil ne vaut plus rien pour donner corps aux objets tremblés qui disparaissent d’un battement de paupière.**
…je suis (être) le paysage…
Je lis Michel Tournier sur ma liseuse. L’avantage de ces appareils c’est que l’on peut faire une recherche par mot-clef. J’y tente ‘paysage’ et je trouve ceci :
Il en va de même des pays et des paysages. Sans l’œil qui les regarde, existeraient-ils ? (Michel Tournier)
Paysage = point de vue + cadrage.
Je ne sais plus ce qui m’a donné l’envie de lire Paludes d’André Gide. Mais bon, je lis cette prose un peu précieuse, je me laisse attraper par elle. Et j’y découvre l’intérêt du narrateur pour le voyage et les paysages ; voir cette savoureuse citation sur la serrure et le paysage, justement.
– mais vous me comprendrez assurément en songeant à tout l’énorme paysage qui passe à travers le trou d’une serrure dès que l’œil se rapproche suffisamment de la porte. Tel, qui ne voit ici qu’une serrure, verrait le monde entier au travers s’il savait seulement se pencher. (Paludes, André Gide)
4.
La main de tous les hommes
mise à la pâte de ce qui se voit
se découvre là, présentement
empilement de paysages
empilement de livres aussi, sortis pour cette occasion et posés sur le bureau ; j’y prends celui du géographe Armand Frémont
Le paysage est une œuvre. Création des hommes […]. Il s’agit […] d’une œuvre d’artistes anonymes, le peuple de la terre […]. L’œuvre, dans ses profondeurs historiques, peu à peu élucidées, a été décrite, corrigée et réécrite sur le temps long de plusieurs millénaires. L’immense poème, le plus vaste jamais écrit, comprend ses pleins et ses déliés, ses célébrités et ses zones d’ombres […]. (Normandie sensible, Armand Frémont)
génie du paysage comme dans d’autres cas génie du lieu
…dans ce cône visuel qui suit la rotation de ma tête…
À force d’ajouter de nouveaux paysages, il y a ceux qu’on oublie, qu’on transforme, qui font une empreinte différente. Avec quel étonnement elle les retrouve, obscurcis, mélangés. Y a-t-il un avant et un après, elle se le demande.***
Le paysage a la forme de ma pensée.
Puis paysage de notre vision du monde et dans les valeurs que nous lui attribuons (article Perception des paysage, hypergéo;
ma pensée a la forme du paysage.
 5.
Les paysages sont composés de mots
et réciproquement derrière les mots il y a des paysages.
Je suis
le panel
de mots
que j’ai
à ma
disposition
Un mot est à lui seul un paysage.
Un mot tire un réseau de mots
un rhizome de mots, plutôt.
S’ouvre alors une boite d’où surgissent images mentales, représentations, souvenirs.
Prenons désert.
Vous voyez, vous y êtes.
Chacun ajoutera à cette image première des idées propres à son expérience.
 […] des colorations affectives teintent les mots. Comme dit Eric Dardel.
Derrière le langage, ajoute-t-il, derrière les mots, il y a autre chose, il y a le monde. Car derrière un simple mot se cache une multitude d’images que l’on établit avec sa propre imagination, avec ses propres références.(L’homme et la terre, Eric Dardel)
Et moi qui voulais embrasser tous les paysages, il me faudra le dictionnaire dans son entier.
6.
Le paysage flotte entre tes cils.**
Virginie Gautier, lac de Grand-Lieu
S’il faut voir le paysage
le prendre à bras, à pleines mains
dire : décrire = dessiner
Le carnet de croquis ! Ca dure plus longtemps. On a le temps de voir. (Goran Tunstrom)
Si je dessine, c’est plus pour voir que pour reproduire.
Dessiner force à regarder.
Cela me permet de découvrir vraiment ce sur quoi l’œil ne s’arrête pas lorsque qu’il ne fait que passer, balayer le paysage.
Le dessin participe au souvenir, le fixe.
…ces petites choses qui s’ajoutent et font le monde…
Cela permet aussi de voir que ce n’est pas si simple un simple paysage.
Tout est à dessiner 1000 fois. Quant au lac, l’eau vraiment, qu’y tracer ? Il est une fois de plus cet insaisissable. Une réserve en dessin c’est un espace vide qui n’apparaît que par ce qui l’entoure.****
Virginie Gautier, lac de Grand-Lieu
7.
…La réalité…
L’exactitude n’est pas la vérité
nous envoie Eugène Delacroix
Si le monde est une illusion trompeuse la réalité n’existe pas,
ce qui quotidiennement n’est pas su, n’est pas vu.****
toute puissance du JE :
sans moi,
paysage
n’est rien.
Et, revenons à notre géographe sus-cité
[…] tu sais bien que tu le perçois tel qu’il est mais aussi tel que tu es ce soir-là. Paysage intérieur, paysage de l’intérieur, autre sens. (Normandie sensible, Armand Frémont)
Ce n’est pas tant que la réalité n’existe pas, c’est notre perception et ses attributs qui font que pour celui qui perçoit, il n’existe pas la réalité, mais seulement sa réalité propre.
Théorème de Thomas : R. K. Merton appellera le « théorème de Thomas » : « Si les hommes définissent leurs situations comme telles, elles sont réelles dans leurs conséquences » (W. Thomas, 1932).
Et ainsi lui donner une réalité.
Regardant
JE déforme
lentille
tantôt concave
tantôt convexe
le monde.
JE reforme
curriculum
mental.
JE crée le paysage.
Je crée ce qui grouille sous l’horizon arrondi. Métamorphoses du temps & rythmes de l’espace (cf. Armand Frémont). Je m’implique. Magicien des couleurs, je deviens peintre.
A
force
de
regards
je
suis
devenu
le
paysage.
.
Pour transition vers le territoire, (et quasi simultanément un ami facebook me conseille ce même ouvrage) mon regard descend la pile jusqu’au livre bleu ciel d’Anne Cauquelin
« Dans le langage de tous les jours, nous confondons joyeusement espace, lieu, site, endroit, ici, là, terrain, territoire, étendue, longueur, environnement, milieu, nature, paysage…Généralement, ces termes servent à désigner des emplacements plus ou moins précis, emboîtés les uns dans les autres. Leur classement se fait, curieusement, selon une hiérarchie dont la clef est de l’ordre de l’espace… espace est plus grand que lieu, et l’emboîte, alors que le lieu emboîte à son tour le site ; ce dernier enveloppe le ‘ici’ qui introduit une notion de temps et s’oppose au ‘là-bas’ nettement plus flou, mais appartenant quand même au lieu ou au site ; le plus petit entre dans le plus grand à la manière des poupées russes. » (Le site et le paysage, Anne CAUQUELIN)

8. (Territoire)

Qu’y a-t-il à faire d’autre que reprendre sur soi du territoire.***
A force de parcourir l’espace abstrait
Tu n’as pas la cadence rythmée uniforme de celui qui se rend quelque part, transformant l’espace autour de lui en une zone à franchir, une distance pure, un temps irréductible.**
A force de parcourir l’espace abstrait je l’ai marqué de mon empreinte, je l’ai transformé en territoire.
Si le sol offrait moins de résistance au martèlement des pas il finirait par les épouser, s’incurvant au milieu des allées, s’enfonçant au pourtour des places.**
Je l’ai regardé, le territoire, et l’espace est devenu forme concrète, paysage.
Je l’ai écouté, le territoire, car le son c’est de l’espace. Car le son est un lieu qu’on envoie dans l’espace. C’est un lieu en expansion.
Regarder au-dehors les oiseaux c’est comme écouter une musique qui ne s’arrête pas, qui remplit toujours le paysage. Il y a peu d’endroits déserts, vides absolument. Toujours un cri, un son quelque part. Des craquements de branches. Les souffles des bêtes quand elles approchent.***
9.
Le territoire, le grand, est combinaison  :
[des choix du passé] x [les visions du futur].
Vuluv, le rideau, c’est l’histoire d’enfance, le territoire collectif. Pas un espace géographique, un espace reconstitué. Un ensemble de traces et de trajectoires. Des chants, des sonorités. Pas un espace géographique, un espace affectif.*

Le territoire, le petit, se regarde dans le détail. Elle note les toutes petites différences.***Il est fonction de l’inclinaison que l’on souhaite donner à notre corps, de l’effet loupe de notre regard
Des barbes de ciment, des picots hérissés en petites pointes blessantes, des gouttes immobilisées dans le séchage, les rainures de l’outil dans la matière bâclée, on voit presque la main pressée désabusée pansant le pied de ce mur pour une raison qui échappe d’abord il faudrait s’y pencher.**
Multitudes de riens vers lesquels il faut aller.
Tout est dans les riens additionnés.
Et la vi(ll)e se déploie.
La rue sur ton passage semble se matérialiser, apparaître corporellement, chaque chose avec ses angles, ses brèches, son âpreté, sa banalité — un morceau de trottoir, un barrage en rouleau de moquette, un bac à fleurs en béton moulé.**
C’est par morceaux qu’on se l’approprie, ce territoire, qui serait géographie, mais plus encore, géographie augmentée.
La géographie c’est ce qu’on ne connaît pas parce qu’on n’en a pas fait pour soi-même territoire, les noms ne dessinent rien, pas de directions, pas de lignes ni possessions, ils ne sont pas nôtres encore). (Paysage ferFrançois BON)
Donc faire nôtre l’espace neutre.
Espace perçu : je suis en alerte ;
espace vécu et l’endroit appartient à ceux qui l’occupent et s’y maintiennent.**
 10.
Lorsque nous avons échangé, avec Virginie, Michel Butor a rapidement été déposé sur le bureau, par son Mobile qu’elle comptait utiliser pour un atelier d’écriture. Mobile c’est l’espace américain déployé en pages. Et si Butor a régulièrement des préoccupations géographiques, c’est peut-être parce qu’il a enseigné cette discipline en lycée. L’un des ses poèmes s’intituleTerritoire. Un poème pour une œuvre d’art.
L’artiste a pris chaque feuille et l’a découpée. Et la superposition des feuilles donne des volumes. Alors on ouvre la boîte et on voit la première page et on soulève et cætera. Et en feuilletant… On feuillette l’espace si vous voulez. En feuilletant l’espace on voit des coupes qui vont changer de forme. Au bout d’un certain temps on découvre des choses, on découvre une espèce de caverne à l’intérieur de ce minuscule monument. J’ai mis une phrase sur chaque feuillet. C’est comme ça qu’est fait le texte. (Quelques éclaircissements…, entretien avec Michel Butor)
 11. (Le génie du lieu)
Le territoire c’est l’appropriation horizontale par un JE arpenteur, observateur, émotif.
Les enduits se superposent, gagnent en imperméabilité. Les ombres creusent la rue un peu plus. Ni plaque, ni bouquet. Un doigt taché peut-être voulut y tracer un nom. Sous le lampadaire une phrase en lettres inclinées d’un coup de bombe sur un pochoir — À corps perdu — les époques, les lieux se superposent, la mémoire les traverse tous.**
Le génie du lieu c’est l’appropriation verticale d’un lieu par l’histoire, par une multitude de JE successifs & superposés.
On n’est pas le même partout. […] Certains lieux sont particulièrement actifs, révélant des parties de nous-mêmes que nous ignorions; c’est ce que j’appelle leur « génie », m’appuyant sur la tradition latine. Souvent c’est parce qu’ils sont façonnés par l’homme, qu’ils sont la matérialisation d’une culture ou d’une époque. Parfois un grand artiste, un architecte par exemple, les a façonnés ; mais la plupart du temps ils se sont mis à plusieurs et les époques se superposent. Parfois ce sont des écrivains qui ont décrit telle ville, et dont nous avons l’impression de retrouver le texte à tous les coins de rues. (Michel Butor par Michel Butor, Michel BUTOR)
12.
Je compile depuis plusieurs années des livres de communications universitaires sur le thème géographie & littérature. J’avoue, je ne les lis que parcellairement. Je lis les articles sur les auteurs que j’apprécie plus particulièrement : Peter Handke, Michel Butor, Julien Gracq, Nicolas Bouvier, Blaise Cendrars, Kenneth White…
Puis quand un besoin se fait sentir, pour commenter ou composer un texte sur un thème, comme ici, j’approfondis. Je fais une pile sur le bureau, strates à dos carrés. Je laisse mûrir la pile, je la caresse du regard. Je laisse infuser et exhaler les idées du papier. Puis (eux & moi sommes maintenant familiers) j’y plonge par longues sessions qui justifient enfin ces investissements,
 13.
Lieu d’où j’écris.
Je me souviens,
dans la bibliothèque de la ville entre deux cours d’eau, m’être installé dans un recoin d’où je pouvais voir à peu près toute la salle, à proximité du rayon géographie.
L’importance du lieu.
Je prends un dictionnaire de géographie pour voir. Lieu (place, ort) : Là où quelque chose se trouve et/ou se passe.
Je retrouve un morceau de texte d’une recherche antérieure :
Dans cet esprit, on distingue ce qu’on appellera le lieu-topos du lieu-chôra. Le premier sur lequel on ne s’étendra pas concerne la situation spatiale des lieux. C’est la seconde partie de la définition qui nous intéresse ici. Dans cette conception, le lieu « dépend des choses, les choses en dépendent ». (A. Berque)
Une femme, jeune encore, me salue
et vient s’installer à la table voisine.
14.
Optons pour le lieu-chôra.
car en effet,
On est homme par son aptitude à faire moduler le lieu qui prend une forme propre à chaque individu. (L’Esprit du lieu, article Alain Milon)
Je suis des lieux, je suis une expérience. Et les lieux sont ce que j’en perçois.
15.
Le territoire est parsemé de lieux
-Nous sommes, sommes de lieux, topologies-
Nous ne pourrions pas raconter nos rapports avec un être, que nous avons même peu connu, sans faire se succéder les sites les plus différents de notre vie. Ainsi chaque individu – et j’étais moi-même un de ces individus – mesurait pour moi la durée par la révolution qu’il avait accomplie non seulement autour de soi-même, mais autour des autres, et notamment par les positions qu’il avait occupées successivement par rapport à moi. (Le temps retrouvé Marcel Proust)
Le territoire est parsemé de lieux que nous relions.
Mon pas dansé sur un pont, je passe d’un lieu à l’autre, inaperçue. Le passage est ce qui reste.***
A l’affut, immergé ici, projetant là-bas
Le long hurlement d’un chien reliant tout à travers la campagne.***
Des sons qui déploient les lieux.
Je vais piocher dans un texte en cours, un texte où un personnage est en quête du lieu idéal :
Il commence par citer l’écrivain F.-Y. Jeannet.  « Je suis à la recherche d’un lieu, un lieu habitable pour y construire ma demeure ». Puis il ajoute qu’il recherche le lieu, son lieu, celui où il pourrait vivre pleinement, celui où il se sentirait bien, où il se sentirait pleinement lui.
16.
Je sais qu’il y a d’autres possibilités, d’autres endroits où aboutir. Que chaque lieu est provisoire.***
Jusqu’à ce que … finalement … nous trouvions notre lieu …
La personne sur laquelle nous reposer … Une épaule aimable.

S’arrête en ce lieu qui n’est pas ceci et qui n’est pas cela.***



 Citations extraites des ouvrages de Virginie Gautier :
* : Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire
** : Les zones ignorées
*** : Les yeaux ouverts, les yeux fermés
**** : blog Journal de résidence.
Les lieux sont des milliers de regards (d’après A. Frémont p.72h)