11.15.2014

Autour du lac #13 14 15


/ En résidence avec l'association L'esprit du lieu, au lac de Grand-Lieu (44)



Samedi
Autoportrait en vert. Hier soir je concluais par ce petit roman de Marie N'Diaye. Tout en évoquant la couleur verte, ici signe d'un débordement. Là, chez Walser, dont j'ai lu aussi un extrait, symbole coloré de son rapport à la nature, à la forêt, une coulée. Et qui inclut le mouvement tout entier de la promenade. Autre  rapprochement, avec les derniers tableaux de Monet, les bassins aux Nymphéas, noyés dans le vert. C'est une plongée dans l'eau, métaphore de la peinture, qui saisit des reflets du monde. 
Ce petit flyer vert représentant les joncs en mouvement photographiés en juin sur les bords du lac, à Passay, vient s'inscrire dans cette suite, invisible mais présente, qu'il me plait de sentir près de moi pour avancer dans l'écriture du lieu.


Vendredi
Piaillements de canards invisibles. Passage d'avion. Tirs sporadiques. Un grand calme au bord de l'eau.
Des cormorans, une vingtaine. 
Ils font une large boucle, semblent tourner sur eux-mêmes, en spirale. La danse, me suis-je dit, c'est celle des oiseaux descendus tous ensembles en arc de cercle vers l'eau - non sans remarquer à quel point nous humains sommes sans cesse trahis par nos bruits, nos mouvements, alors même que nous croyons nous fondre un peu dans le paysage.




Jeudi
Réserve : sous condition / à l'exception de / restriction, limitation / local où l'on entrepose / substance accumulée / non engagé / laissé disponible / surplus / mis de côté par sauvegarde ou protection / territoire assigné aux indigènes / endroit d'une bibliothèque où sont conservés les ouvrages rares / toute partie dans un dessin, une peinture, une gravure, sur laquelle il n'existe pas d'application / laissé en blanc / toute partie protégée / discrétion. 


11.13.2014

Autour du lac #10 11 12

/ En résidence avec l'association L'esprit du lieu, au lac de Grand-Lieu (44)

Mercredi
Mon corps entier en alerte, une alerte douce, pour sentir, pour apercevoir, pour être là. Je dessine les branchettes des arbres tombées au sol pendant le coup de vent de la nuit. Des droites, des arcs de cercle qui paraissent avoir été adroitement disposés. Des signes, des traces archéologiques, des ossements. Tout un jeu de lignes qui renvoie à un territoire plus vaste. « Tout est à l’oeuvre dans chaque fragment, dans chaque repli, il n’est pas besoin d’en savoir davantage » (Les Zones Ignorées).

Mardi
Relu ce soir le texte "Sur le théâtre Balinais", d'Antonin Artaud. Nuit au dehors. Pluie derrière le rideau. Retrouvailles. Ce que le texte porte d'émotions de mes lectures antérieures. L'impression de suivre des phrases déjà inscrites dans une mémoire qu'il suffisait juste de raviver.

Autre moment, autre jour, impression d'herbes sur "Mobilé", de Michel Butor.




Lundi
Ne pas voir, ne pas avoir accès, est une question centrale. Pour Arnaud de la Cotte l'enjeu du lac est là, dans une approche qui ne peut se résoudre qu'artistiquement. Par l'imaginaire, la projection, la part du rêve.

Lac désir, celui qui apparaît et disparaît.
Lieu événement, quand sont ses limites ?

11.08.2014

Autour du lac #6 7 8

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Samedi
Récapitulons. J'ai Monet : "Ce qu'il prend pour motif n'a pas de nom : c'est un rapport instable du vert et du bleu, c'est l'extérieur, c'est l'air qui passe entre les choses."(Marianne Alphant)
J'ai Artémis, déesse des terres non cultivées, des territoires changeants.

J'ai cette note en bas de page : reprendre tout en légèreté, en petites touches, comme des feuilles d'arbres qui bougent.




Vendredi
Une petite lande de terre étroite dans les roselières, entre deux eaux, dans l'intervalle de soleil. Je baigne dans une odeur de menthe, me remplis de la beauté du lieu pour emporter quelque chose de ce qui quotidiennement n'est pas su, n'est pas vu. 
L'instant d'après assise dans la voiture une forte pluie s'abat et quelque chose de moi est encore là-bas, inquiète et ravie, sous le couvert de l'arbre


Jeudi
Je trace au crayon sur la carte les chemins empruntés, mesure mieux ainsi l'écart entre la représentation et le réel : distance, environnement, point de vue. Tout l'enjeu ici étant de se rapprocher le plus possible du lac, trouver des points d'accès. Sur la carte c'est simple il y en a deux. Mais en bonne curieuse j'ai du mal à m'y cantonner. 
De courts paragraphes s'ébauchent à partir de verbes qui ont à voir avec la localité, le lieu, marcher sur l'eaurevenirtomberattendre mais une chose est évidente, je dois ajouter tourner autour.

11.05.2014

Autour du lac #3 4 5

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Mercredi
Dessiner les lignes moutonneuses des saules à l'horizon, ce qui paraît le plus facile et qui pourtant échappe. Sinon, tiges et feuilles dans l'eau, cette soupe végétale. Tout est à refaire 1000 fois. Quand au lac, l'eau vraiment, que tracer ? Il est une fois de plus cet insaisissable. Une réserve, en dessin, c'est un espace vide qui n'apparaît que par ce qui l'entoure. Le lac est (au moins) doublement réserve.






Mardi
Au milieu de l'eau libre une cage, des canards, piégés. Ils seront bagués. On se croirait sur une mer avant de piquer d'une perche le petit mètre de fond. On voudrait rester plus longtemps dans l'espace hors d'atteinte. Attendre le possible, quelque chose, avant de repartir.










Lundi

J'habite la Fuie, petite volière à pigeons. Les mots tourneront ici. N'avoir pour parole au-dehors que des gestes, des regards.