12.10.2013

Des lectures,

article Remue.net 





La résidence à Cerise touche à sa fin : il est temps de s’éloigner du centre, de quitter ce ventre de Paris ou, peut-être, simplement, de le déplacer... Pour cela, Anne Savelli invite Virginie Gautier et Joachim Séné à lire (mais aussi projeter, écrire) des extraits de leurs derniers textes encore inédits, respectivement intitulés Lignes de fuite et Village. On y retrouvera de la rue, de la route, du déplacement...

Cette soirée sera également l’occasion de faire la connaissance de Dita Kepler, avatar d’Anne Savelli sur Second Life devenu, au fil du temps, un personnage collectif (elle fut animée, ici-même, par Joachim Séné durant l’année : tout se tient !).
Pour introduire les lectures, on suivra ainsi les instructions d’une des Dita Kepler existantes, à savoir Thierry Beinstingel (autre invité de la résidence), lequel a suggéré la chose suivante : 

que Dita Kepler sur son compte twitter demande auparavant à ce qu’on lui envoie 13 poèmes twitts en 13 mots à 13h13 ce vendredi 13 pour entrer avec elle dans une nouvelle dimension, celle du 13/13/13

Virginie Gautier, Joachim Séné et Anne Savelli liront donc, en préambule, treize poèmes écrits par ceux qui auront bien voulu participer ce jour-là (et ce, même sans être abonnés à Twitter. Il suffit en effet que les treize mots comptent 140 caractères maximum). La soirée se terminera par une apparition de Dita Kepler (lecture d’Anne Savelli, écriture improvisée d’un nouveau texte par Joachim Séné).
Bref, il y aura des mots, des sons, de l’image, du monde, des voix et des métamorphoses.


Vendredi 13 décembre 2013 (le 13/13/13) 
à 20h au Café Reflets, 46 rue Montorgueil à Paris

(photo : boat car plane, tirée de la base de données du magazine Life)
Anne Savelli - 9 décembre 2013

11.01.2013

On n’en sort pas - Jean Prod'hom

















On n’en sort pas, le réel est hors d’atteinte, inutile de vouloir trop s’en approcher. Ni espérer pouvoir s’en extraire. Être bien accompagné et accompagner, c’est ce qu’on peut faire de mieux. 

Lorsqu’il fait soleil et que la neige demeure sur les flancs de Brenleire et Folliéran, je fais halte dans la véranda où trois chaises entourent une table ronde, y suis à cette occasion pas loin de moi-même. Ce compagnonnage dure une petite heure et c’est bon. On se réconcilie, on parle un peu, en ne bougeant les lèvres qu’à peine, tandis qu’une guêpe ou un bourdon s’acharne contre la vitre. Celui qui est en moi lâche un peu de sa surveillance, je veille de mon côté à ne pas m’enflammer à son insu, on se modère. Il me tance une dernière fois, pour rire, avant de laisser la bride sur mon cou. On s’abandonne les mains croisées, le dedans et le dehors se serrent la main.

Aucune ombre, les écharpes d’inquiétude qui s’accrochaient à mes talons traînent sur le carrelage de la cuisine et l’hiver qui s’est levé cette nuit fait son oeuvre sur les sommets enneigés. Me voici coupé du dedans et à l’abri du dehors, désorienté, sans rien à faire d’autre que tendre l’oreille et fermer les yeux, comme les paysans d’hier qui prenaient un peu de bon temps sous le couvert de la mécanique à l’arrivée des mauvais jours : les champs étaient labourés, les pommes de terre rentrées, la bise pas encore levée. 

Les lauriers sont à l’abri, des feuilles multicolores jonchent la plate-bande, l’orange des roses jauni d’or. Le soleil entre à l'horizontale, pas de travail en vue, il y a bien assez à faire tous les deux réunis. Faire se rapprocher nos deux voix de soi-même jusqu’à ce qu’elles ne s’étonnent plus l’une de l’autre, se confondent. Silence. Il n’y a en réalité pas grand chose, un phrasé ponctué de simples, je devine une danse immobile et transparente. Pas surpris de ma présence. Si nous ne nous perdons pas de temps en temps l’un dans l’autre, nous sommes perdus.

Derrière les vitres piquées par le mauvais temps, les événements qui se succédaient au pas de charge s’enlisent. On reste tous les deux en arrière avec un panier de pommes cueillies tout à l’heure, une tèche de bois, une jardinière. Il y a vraiment de belles prisons. Le silence descend l’échelle et nous soulève, le peu que je suis encore se défait et devient toujours moins, jusqu’à disparaître, vide et sans horloge. Ne pas bouger, le moindre geste détruirait tout.

Peut-on dire autre chose que ce qu'on sait obscurément. Écrire dépasse de beaucoup ce qu'on est, sans qu'on soit capable jamais de mettre la main dessus. Mais il nous tire, rend meilleur, purifie ce qui reste en retrait, nous aide à trouver l’invisible axe de notre être au monde. 

De là où tu es, vois-tu ce dont je te parle, de ce détour à l'occasion duquel on se perd au plus lointain de ce qui est, de cet asile que je caresse parfois du bout des doigts, à deux pas d’une mélancolie qu’il me faut bien concéder au moment de quitter les lieux. Mais rejoindre le train du monde ne constitue plus une défaite.

Nous vivons dans une boîte transparente où rien n’entre ni ne sort, mais où chaque chose fleurit, lentement, chacune pour soi au midi des autres. On n’en sort pas et j’y retournerai.




Faire une place aujourd'hui, dans le Carnet, pour Jean Prod'hom. S'y posera un petit bout de montagne et dans son écriture cette belle présence des choses, du réel, cette épaisseur d'homme. Et je ne fais qu'évoquer mon plaisir à le lire, et mon admiration, pour ne pas alourdir la sobriété rare de son écriture. Pour preuve ces propres mots : "Je m’efforce maintenant de préserver, et c’est l’essentiel, l’étendue de ce que je ne saurais dire autrement, c’est-à-dire le silence sans lequel on n’entend rien, d’élaguer ce qui encombre, avec le risque qu’il ne reste plus grand chose à la fin." 
Pour cet échange, je me suis inspirée d'une de ses phrases : le réel est hors d'atteinte.
Tout est à lire sur son blog les Marges, des "plans fixes", des "choses vues", "cher Pierre", "à la mine", "il y a", et "avec Thierry Metz" que j'aime particulièrement. 
/ Mon texte chez lui, ici.




Tiers Livre et Scriptopolis sont à l'initiative d'un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… "Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre". Un grand merci renouvelé à Brigitte Celerier qui assure le Rendez-vous des Vases. Et fait une longue et belle lecture chez elle, sur Paumée.

10.04.2013

Charlotte / Voie sans issue - Olivier Hodasava


Adam est photographe – artiste photographe. Il s’est fait une petite réputation dans le milieu de l’art contemporain avec ses séries sur l’Amérique, façon Becher, sauf que lui travaille en couleur. Il est représenté par des galeristes aussi bien à New York qu’à Londres ou Paris. Ses séries les plus connues sont construites autour de photos de châteaux d’eau ou de bancs publics. Depuis deux ans, il ne photographie plus que des voies sans issues, des panneaux Dead End. Il tient, évidemment, tout un discours là-dessus. Pour faire simple : les Etats-Unis sont dans une impasse, la société de consommation, la finance, le capitalisme ne mènent nulle part. Les voies sans issues sont des symboles.


Je l’ai croisé une première fois à Pittsburgh. Nous avons sympathisé. Et depuis, nous sommes régulièrement en contact.
Je le retrouve à Charlotte pour boire un verre. Par jeu, il m’a donné rendez-vous au VBGB, un hall à bière situé juste à côté du Fillmore (une salle de spectacle). Le VBGB, au cœur de la nuit, doit accueillir je ne sais combien de centaines de personnes. Mais il est quinze heures et l’établissement, vraiment gigantesque, est vide si ce n’est une famille – le père, la mère et deux grands adolescents collés aux écrans de leurs téléphones.


Nous commandons des cafés. Adam propose que nous nous installions dehors même s’il ne fait pas très chaud.
À peine sommes-nous assis qu’il commence à bruiner. Et bizarrement, c’est plutôt agréable. Adam explique : Charlotte est une ville géniale. Je crois que je n’ai jamais vu autant de voies sans issues qu’ici. Ça fait trois semaines que je suis arrivé et j’ai l’impression de n’avoir encore exploré qu’un dixième du territoire. Mais ce qui me scotche, surtout, c’est qu’il y a beaucoup de verdure, des parcs. Et avec la crise, évidemment, l’entretien laisse à désirer. Du coup, la végétation, dans la plupart des cas, a commencé à dévorer les bordures, les panneaux, les marquages. Ça donne un côté irréel… Les rues semblent se désagréger, se dissoudre dans la nature. C’est émouvant, vraiment. Pour l’instant, je n’ai vu ça nulle part ailleurs – je veux dire à ce point. Mais tu vas t’en rendre compte par toi-même.





























Pour me convaincre, une fois notre café bu, il m’emmène faire un tour.
Nous visitons des impasses qui portent des noms d’avenues : Bacon Avenue, Lima Avenue… À chaque fois (à chaque voie), Adam a une histoire à raconter. 
Là, au-delà des broussailles, serpente un chemin qui mène à un asile désaffecté. Les armoires n’ont pas été vidées de leurs dossiers médicaux…
Ici, une fille a failli être violée mais un voisin qui rentrait du boulot a vu la scène. Il a tiré sur l’agresseur. Il l’a tué.
Adam tient aussi, absolument, à me montrer West 9th Street. Un joyau selon ses critères car, à hauteur des voies ferrées qu’elle traverse, la rue est marquée de deux voies sans issues, une de chaque côté, matérialisées par des glissières surmontées des fameux carrés rouges inclinés à 45°. Sur un des carrés, côté sud, quelqu’un a graphité : FUCK AMERICA.



Pour ce vase d'octobre je suis très fière de poster un voyage d'Olivier Hodasava. Et quel voyage ! Celui-ci — Charlotte, Caroline du Nord — est un avant-goût d'une grande virée américaine qui prendra la forme d'un livre futur, "Eclats d'Amérique".
De Charlotte donc, je me souviens du photographe obnubilé par les panneaux Dead End, cette impression de n’avoir encore exploré qu’un dixième du territoire, et les rues qui semblaient se désagréger.
Puis j'ai filé à Vicksburg, Mississippi, et je ne suis pas loin de tirer les mêmes conclusions sur la labilité des routes, des villes, du territoire.

Tout le reste des pérégrinations d'Olivier à suivre, presque au jour le jour, sur Dreamlands, carnet de voyage virtuel. C'est dire s'il devait un jour croiser celui des départs.
/ mon texte chez lui, ici.






Tiers Livre et Scriptopolis sont à l'initiative d'un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… "Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre".Un grand merci renouvelé à Brigitte Celerier qui assure le Rendez-vous des Vases. Et fait une longue et belle lecture chez elle, sur Paumée.

9.16.2013

Aujourd'hui j'ai fini d'écrire les Lignes de fuite
























Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire, de Lagos.

Marcher, c’est broder le passé sur l’avenir. Une traversée où les lieux et les souvenirs se superposent.

Cette ville, elle a des frontières visibles : des mers, des chaînes de montagnes, des murs bardés de miradors. Et des frontières invisibles.
On fait un pas de plus pour voir jusqu'où on n’a pas le droit d'avancer. 

« La juge aux avocats : quand ils ont un visa séjour d'un an, ils peuvent voyager dans l'espace Schengen ? Je n'entends pas la réponse. »*



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*Marie Cosnay, "Entre chagrin et néant", éd.Cadex

(13ème extrait du texte "Lignes de fuite")

9.04.2013

On y oeuvre par le milieu

©Andrew Moore



Nous la voulons comme une ruine. 
Avec des fers à béton qui pointent encore le ciel ― propositions inadéquates mais répétées d'étages dans les nuages. Avec des morceaux de terrains arides, des murs décorés de fissures en étoiles, en fuseaux. Avec des zones broussailleuses où nul ne peut s'aventurer. Avec des zones dangereuses. Nous la voulons comme une ruine, revenue d'une bataille. Ayant appris à laisser libre cours aux fleuves, sans illusion mais pleine, envahie. 

Après s'être lentement vidée de sa substance, de ville d'hommes au travail, ayant fomenté ensemble par elle leur projet d'évasion, préparé des fuites, des tentatives, des détours. Ayant laissé échapper l'idée même de victoire, ou d'arrivée. Laissé venir telle chose à la fin dans le jour sans raison.

Après s'être lentement vidée de sa substance, de ville économique.
Rust belt, sa ceinture de rouille encercle les terrains en jachères où Grace, Linda, Shea, Malik retournent la terre, préparent les semis. 
Il faut de la patience. 
C'est une question de temps.

Une ville temps sans raison. 

On y œuvre par le milieu.






image : ©Andrew Moore, "Model T Headquarters, Detroit, Michigan, 2009", photograph, 2009.

8.28.2013

Une insoumission /3





























Et parfois une chute véritable. 

C'est un dessin de Michel Ange. 
Des chevaux, un homme, ils tombent. 
Longs corps tordus, renversés à l'équité du ciel et de la terre — au centre de la feuille — à l'endroit du temps irréversible. 
Phaeton, le char, les chevaux emmêlés dans la débâcle, l'écroulement. 

Comment font les corps dans le vide quand ils ont le ciel à traverser ? Avec quelles torsions inversées ? 

Corps qui ne sont plus retenus. Corps impossibles.


La suite ne nous intéresse pas. 





image "La chute de Phaeton", Michel Ange vers 1530

8.27.2013

Une insoumission /2
























Un peintre, il se jette dans le vide. C'est un envol, dit-il.





image : Yves Klein "Le saut dans le vide", 1960

8.26.2013

Une insoumission /1

















Un homme, il est devant des barrières. 
Il n'attend pas. 
Il ne se déplace pas. 
Il est en l'air, au-dessus du sol. 
Il flotte. 
C'est une photographie de Denis Darzacq. Ça n'est pas une chute, c'est un moment d'apesanteur. Une façon d'aller contre le poids, une insoumission.
Il est seul dans l'image, saisi en plein saut, arrêté sur ce soulèvement. La ville pour fond. La suite ne nous intéresse pas.




image : ©Denis Darzacq "La Chute, n°14" 2005-06

8.23.2013

En écoutant n'écoutant pas

























Il faudra recommencer. Avec un on, un nous. Nouer. 
Apprendre les nœuds, les attaches. 
On verra bien par où attraper la lumière, comment tourner autour. 
Avec les planches qu'on a encore entre les bras, les bastaings, les chambranles. 
Est-ce qu'on peut laisser le dessous dessous pour cette fois ?
Est-ce qu'on peut se passer d'aller creuser dans les mémoires, les vestiges ? 
Juste, installer des planchers flottants et puis tendre des fils. Et tirer un rideau. 
S'asseoir.


En écoutant n'écoutant pas la mer.
En regardant ne voyant pas les gens qui sont devant.

8.01.2013

Est-ce la mer qui est devant ?




Ils viennent du Kosovo, d'Afghanistan, d'Irak, d'Erythrée, d'Etiopie. 

Pour franchir le passage de Calais, ils viennent de Somalie ou d'Iran, patientent dans des taillis, des sous-bois. Des talus. Des parkings. Empruntent des chemins à couvert qu'ils appellent pistes, tracks, avec cette démarche silencieuse et lasse qu'ils ont en commun. 
Il faut beaucoup de patience. 
Dans l'exil tout rappelle l'attente.

Cette ville, elle a complètement dépassé ses limites. Elle s'est étendue en longues filoches. Pistes en écharpes enroulées sur elles-mêmes, cousues, déchirées. Loques. Lambeaux. Pistes distendues, où ils marchent comme derrière un rêve qu'ils repoussent plus loin. Longues pistes du rêve. Longues suites de pas les uns derrière les autres, avec des piétinements aux frontières. 
On est dans la forêt.
On bricole des échelles en bois dans la forêt.
La mer devant est fermée.
La barrière se poursuit jusque dans la mer.
On ne sait plus bien où l'on est, depuis combien de temps on est partis. On se rappelle d'où l'on vient. On vient chercher la vie qui est devant.

Qu'est ce qu'on trouve ? 
Entre les îles et le continent, dans les détroits, les passages, les canaux. Tout le long de la mer Méditerranée. S'il faut grimper. S'il faut sauter. S'il faut courir. S'il faut ramer.

Est-ce la mer qui est devant ? 

7.09.2013

Tu peux danser



















Le monorail de Wuppertal passe à 8 mètres au-dessus de la ville, 12 mètres au-dessus de la rivière. Tu as largement la place. Tu peux lever le bras en forme de crochet, d'arceau, y nouer l'air avec le ciel, le métro. 
Tu peux danser sur le terre-plein sous le Schwebebahn pendant que les voitures circulent autour de toi, freinent à peine, qu'on s'interroge.
La forêt aussi est un protagoniste. Elle veille sur les hauteurs. 
Tu danses, tu dis que tu es. 
Crier, aguicher, donner et reprendre, c'est cela être. 

Est-ce que c'est de la danse, est-ce que c'est du théâtre ?

Il s'agissait de reconstruire la ville détruite.

Tu continues ce geste d'attache. 
Comme sur la pierre la mousse. Patiemment. Le lieu fait irruption.

Terre-plein, un rond-point, un carrefour. 
Un endroit où. 
Se mouvoir et s'émouvoir sont une même chose.

La ville aussi est un protagoniste.




Photo extraite du film "Pina", de Wim Wenders

6.25.2013

Tout s'oppose, rien n'est séparable


Vous êtes assise dans le champ entre les immeubles. A même la terre. Vous avez dégagé une place, piétiné quelques herbes revêches autour de vous. C'est une installation temporaire, vous allez repartir. L'espace est vacant, il est inoccupé. Espace approximatif, mal déterminé, où se perdent les regards. Et il est vrai qu'autour de vous, ce sentiment quasi océanique ― les herbes oscillent comme des vagues en mouvement d'ensemble ― n'est arrêté que par des murs ou une façade d'immeuble, enfoncés dans la végétation profuse, printanière. Nous sommes le 929ème jour du voyage, à Narva(1), en Estonie, tout près de la frontière Russe. Une femme est assise dans les herbes, avec ses enfants, pour un pique-nique le temps d'un après midi.
Terrain vague.
Temps vacant.
Endroit privé de quelque chose qui par son manque nous fait gagner autre chose. 
Retrait plutôt que privation. Hors la dynamique urbaine d'habiter, de sécuriser, de produire. Un trou dans le présent productif. Etendue de promesses au milieu desquelles vous vous êtes amarrés.

C'est une ville, tout s'oppose, rien n'est séparable.

The urban order calls to the indefiniteness of the terrain vague(2)
L'ordre urbain lui-même appelle l'indéfinition du terrain vague.




(1) PHOTOS - Voyage d'Olivier Hodasava sur http://dreamlands-virtual-tour.blogspot.fr  vendredi 25 janvier 2013, 929ème jour. Merci à lui.

(2)"Terrain Vague" - Un texte d'Ignasi de Sola-Morales, architecte.


6.03.2013

Demain n'est pas la suite d'hier


A Berg C'hour* les bénitiers attirent le soleil dans leurs nacres sous les porches des basiliques. Remontés ruisselants du fond des mers, c'est l'avantage de la côte. Les murs ont la couleur d'ardoises effritées, gris-bleu nuit rongé comme seul fait le temps quand il s'allie aux choses du climat. Vent de l'ouest et tempêtes de mer. A Berg C'hour les mouettes font les poubelles pendant qu'air ronge les murs. Pour les mouettes tout le monde le sait, en est sûr. 
Je passe un jour ou deux sous une tente qui démultiplie le bruit de la pluie – à tout prendre et en guise d'eau j'aurais bien vu celle des vagues. Jusqu'à ce qu'un matin un éclat du soleil sur un carreau de camping-car rebondisse dans ma chambre d'hôtel. Rez de chaussée. Ouverture entre deux nuages. Berg C'hour s'éveille. Me tire une fois de plus vers la mer de laquelle il n'offre rien d'autre qu'une forêt de mâts. Promesse, ou tentative. J'écoute des cliquetis qui me rappellent ma préférence pour les ports. Y dormir plutôt que dans les coques des navires. Le chant des drisses à l'appui de la terre. A Berg C'hour le vent me déporte en arrière.
En arrivant je prends la photo d'une flaque de boue dans un nid de poule parfaitement circulaire.
En arrivant je fais le pépiement d'oiseau sur un parking en pensant à une gamine qui danse à Wuppertal. 
Ma légèreté est réellement borderline.
Une statue de Napoléon désigne l'endroit du doigt, va ! avec ta petite mallette d'outils bricoler quelque chose qui est plus grand que toi. Tant pis pour la promesse tardive des vagues, l'océan délié. J'ai la silhouette des yuccas en ligne de mire. Les pontons. La cité de la mer et l'exposition. 

Les garçons aux cailloux qui m'ont fait revenir en arrière, même si je me retourne, je ne les verrai pas. Berg C'hour ne sera plus jamais comme cette fois, un détour, ouverture entre deux nuages. Même si je me retourne. Puisque demain n'est pas la suite d'hier, tout le monde le sait ça, le sait bien.